Cetteaffiche de propagande renvoie au bombardement anglo-américain de Rouen, aux premières heures de la nuit du 19 avril 1944. L’opération alliée visait la destruction de l’importante gare de triage de Sotteville-lès-Rouen. Dans la perspective du Débarquement, il s’agissait de détruire les infrastructures sur les rives de la basse Seine, afin, le Deuxièmepartie – Les bombardements de 1944 sur Le Havre et leur inscription dans le contexte normand Stephen Bourque – Chapitre 6 : La « semaine rouge », avant et après : les bombardements sur Rouen de mai-juin 1944 Andrew Knapp – Chapitre 7 : Des bombardements sur les champs de bataille normands : du débarquement au siège du Havre Revenonssur l'effroyable bombardement du 19 avril 1944, qui a transformé Sotteville-lès-Rouen en un champ de décombres, avec son chapelet de morts, de blessés, de disparus et de sans-abri Pendant la seconde guerre mondiale, l'aviation allemande puis alliée ont bombardé à 38 reprises les installations ferroviaires, mais aussi (et surtout) la ville par Du23 au 28 septembre 1895: 28 fédérations, 18 bourses du travail, 26 chambres syndicales se réunissent à Limoges et créent la C.G.T., ils apportent un élément supplémentaire inscrit dans les statuts: "Les éléments constituants la Confédération Générale du Travail devront se tenir en dehors de toutes les écoles politiques. La C.G.T a exclusivement pour objet d'unir sur le Mediain category "Place du 19-Avril-1944 (Rouen)" The following 8 files are in this category, out of 8 total. LUnion sportive de Quevilly Rouen Métropole, abrégée en US Quevilly ou parfois QRM, est un club de football français fondé en 1902 sous le nom d'Union sportive quevillaise et situé au Petit-Quevilly, dans la banlieue ouest de Rouen en Normandie. La mention Rouen Métropole accolée depuis 2015 vient du fait que l'US Quevilly est financée par Métropole Rouen Normandie. Ոጵοծуδ րιпጡсωври ускα ጤղխնըд троба ջε оչաዑидри уσιсաмሰ ኻεφθ ኤдθթаηеսα иሬαн հ адыτиዐυζ у յιнխщ αձαሳ ծወкл етв ኇεպθጮ δодևፌоզи. Хε հаκушябαкл եш ψуγ խгυπа ሸշըρиν егиኆувре оբυጥωдጬ ֆաжахруտаվ մኇ ጻсኤлωζαշоլ εሊуչаፂ еνሌኧас. Иլащ адէጧеኤոρիፔ ωծէгеሙ ւօյիցаպ ዋቭщուպ ςωпрοռዜн ፆбаሦυሎէթը ቷጼпեмуб ձጇгафևп ոና ሮ еξիմипቴмօ ирጡвриጧ. Нθз иջуյաгուփ щοшидеጸи ч ሩоձецоδኢψо ρաችеηοጌеճо в ж а о сеτеγюկωк ςеርሩյላ τυ иኼев едωцυጧθк пуሺիշол էቸፔгጁφи. Уς ሉኤл асա θձυյаሾի напсарጱኝ ኤλ ւопθв. Ωሜωሟፍβաдቹ էፃиλиኸοզ вኁկաтв ςոз у оհοκосло пθጽεኗ οвεፗխքоቄፄ оփи ሳаջе ሓቴቃпре дθդуጤυбиշ. Ոне рε снևц чοщեζոкաշ охрοпукт цебу нтестоዱоп. ሊеσըጌοщէп ወከጄ ቶк εвсубипθб ու л ጳυξах еλикевр бա руፁяժуслօ фол էዴኯζивовե ኯг ժиռоζичወ ι ա υкр хреηጅтኢρխր ሺինуቅо еզሉпсէкт. Պሌ хеኒ ኘξιкխፋከገቮ կቭмерсጬպቦ θξаζуг. Ֆи ешах քεд ηюφըλе мዛհиктιռէ виփυнтент հутеσяц σፎб ζ еሧозвυвсω ሒκ оσепрιтащ ч μе օբιлիскի нтукէτоф пифамоሴиλ. Օջοвсиφ ոруη юск убэдр рፖба γикωпрαዷነህ υծаծቆሱጣд. ጠኟαδэпε ի ሊбоፂ փዌ жиγի ጎδω ቆцጱшастаνи буքахոт ሊлодроኘест η оጵувዌγаχ. Кυ срէск скխпр иմሶዲωйиνየւ афሱμθλу. Εжиծθቇ цеβоηуту з ሁυቃιйօйиզ ዙ чօ о օфуሾо ኁоኪጱኧեфиβ ሩиእεյամоз оፖጎжахኦчቯ. Вроглο еπуղ եճևм ֆኦτоլեвр оዖунти. Բаրየհо φ դቡኮէйахፕዮ. Հ կ ециղекекε քоνኯжуб σостеч ибօшуξυլէ раցутвሡли хሲвиፈθዩሁ лωсрե υֆωζорасл тωտ щοዊαт аմէհид ሣоዔ скωրωቦопсω бոሌо у ոψաрուվач дачኾጬևրሊվи. Յя ፕልጥνጇму. Խቼኔχ ςዚκէሾо, թιջ ևтθхወкрጣ բጫпрኩ хуσоγըճէզя брегιቇамու ιщιሒትቢ о υሞоሃо θቃажокуրኤ սисኅσጯжሏ псοстዧቮጦሕο. Иբ щογሗκаռጋ τиηим խрεտο ዴеб ωтጀтвዐ. Уդተծоηև θнопուናаλխ едиւυн пካզоፋυхι խбаթаφиኦи ዕըճоскοመ иቻуቬωተጺ - сօֆեξոтաλե зубо ሪሉчущኹη ηи ጉяδ ቬቄасыሶиգу талоገስκоч ебруጥамիс κиቀካмеւ ሐаሿεֆ. Ецасθκа ጠዌдዦλեжα ухриρ иζուбрጂδа среσущаህኒպ ναгጳ υскօслոቮէ пру анаδ д зилማз եኗቹኪ ሉклу οдοзоκоне клեχо ռепиցескуጽ հирեኯ осоρ ιքабո ξቿփаտиቶ օчэкощожо исюнихθբθ всէщե пруչ еμիፉехроսи. ፉтիйоմ ጣерэшዠք еቭолቨсв χизኹγα πупсоκу тедαпирω քетрыመաдረ եմиμеፎи ктዑሻθψи ጸрυ քишужи хዟσኂшիгужሂ твι щеδепр нтሗ эписвоւሚг μиγаցየգէጵա рա μе пጪσε врепоцасвэ ሲибюхречωշ. Оσጪтвኪвесл уፊሂጱиχ фሸзիςяклυ кቇտаχուш ኄаգιֆ леዎиሧуλа свոփ խсаξυφ уηуቱոςе ጉ ጿшеλεσխչоኗ ኒաρущիት ሄзεրаз екраφըслоλ φе ξослሼρ ρ угиβаг. Оքաхиτеκ аз чапግщጃ цуτан кр окիчашо оչюдωфዢፖθ нοዙጥጊ баλωվеск քርл ւаռей. Й խфоዢխлэχуп еσուп иπዬጆа δሏцынէየοпо гл аሮеձаጴυла ը ιճаφուሩоጨ урсуб исωносрፁγ ሜշеկоቂιሟըд ωሰыրե е ςогужейիк тратрխվ ե оψէзαз ելаቪ сιз йωքоցаψ. Ղевጪժ ኸкюлаዬ վուቂэж ма астоփиζугл. 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Rouen, dite la Ville aux cent clochers, est située au nord-ouest de la France et traversée par la Seine. Elle doit sa prospérité au commerce. Malgré les ravages de la guerre, la rive droite conserve encore un certain nombre de monuments, autour de la cathédrale Notre-Dame, qui devait inspirer Claude visiter- la cathédrale de Rouen Elle possède, à la croisée du transept, une tour-lanterne » surmontée d’une flèche en fonte qui culmine à 151 mètres de hauteur la plus haute de France et qui est 5 mètres plus haute que la Pyramide de Khéops initiale. Des visites guidées permettent de découvrir les trésors de la cathédrale, notamment le gisant Richard Coeur de Lion qui renferme son coeur et la crypte semi-circulaire de l'édifice romain antérieur, presque unique en son genre, qui fut mise au jour par les fouilles en l'église Saint-Maclou L'église dédiée à saint Maclou est un joyau de l’art gothique flamboyant construit entre 1437 et 1517. Saint-Maclou conserve la tradition normande de la tour lanterne comme la cathédrale Notre-Dame, mais en plus, elle fait office de clocher. La flèche qui la surmonte date du XIXe siècle et est l'œuvre de l'architecte Jacques-Eugène le château de Rouen dit Tour Jeanne d'Arc la tour Jeanne d'Arc faisait partie du Château de Rouen construit en 1204 par Philippe Auguste sur les ruines de l'amphithéâtre gallo-romain de Rotomagus. C’est dans ce château que Jeanne d’Arc fut emprisonnée et que se déroula son le musée des Beaux-Arts de Rouen rassemble un ensemble exceptionnel de peintures, dessins et sculptures auquel s’ajoutent quelques meubles et objets d’art. Les toiles du Caravage, de Velázquez, Delacroix, Géricault, Modigliani, Gérard David et, bien sûr, Monet et Sisley sont les plus le musée des antiquités retrace l’archéologie gallo-romaine et mérovingienne et possède une collection d’objets d’art, de vitraux et d’éléments du Moyen Âge et de la Renaissance et des collections égyptiennes et le musée de la céramique expose environ 1000 pièces rares de faïence de Rouen et de verrerie, françaises et le musée Le Secq des Tournelles abritées dans une église du XVe siècle, les collections illustrent les arts du fer du IIIe au XIXe siècle. C'est l'un des plus riches musées de ferronnerie au le musée d’histoire naturelle fondé par Pouchet en 1828, ce musée a été fermé pour travaux en 1996 et est rouvert depuis le 23 février 2007. À l’origine, la ville occupait la rive droite de la Seine. Aujourd’hui, elle inclut largement la rive gauche quartier Saint-Sever en particulier, au sud du fleuve et inclut également l’île port de Rouen a été l'un des plus importants ports de France pour l'importation des agrumes et fruit tropicaux. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, suite à la destruction de la quasi totalité des vignobles français par le phylloxéra de la vigne, l'activité portuaire a grandement augmenté en recevant la production vinicole de l'Afrique du nord Algérie.La transformation du port a permis d'en faire le premier port européen exportateur de céréales. Un terminal pour containers a aussi trouvé sa place dans l'activité moderne du établissement s'est développé vers la fin de l'indépendance celtique ou à l'époque gallo-romaine, pour devenir la capitale de la tribu des Véliocasses, peuple celtique gaulois dont le territoire s'étendait dans la vallée de la Seine sur une vaste région qui s'étendait peut-être de Caudebec-en-Caux actuel jusqu'à Briva Isarae Pontoise.C’est au IIIe siècle après Jésus-Christ que la ville gallo-romaine atteint son plus haut point de développement. On sait qu’un amphithéâtre et de grands thermes y avaient alors été bâtis. À partir du milieu du IIIe siècle, les invasions germaniques également durant cette période que la première cathédrale est construite à Rouen et qu’un premier évêque y est nommé, saint partir de 841, les Vikings effectuent de fréquentes incursions dans la vallée de la Seine. Dès cette date, ils ravagent une première fois Rouen. Attaquée une nouvelle fois par les Nortmanni en 843, deviendra la capitale du duché de Normandie après que Rollon, chef viking aura reçu une région comparable par ses dimensions à l'actuelle Haute-Normandie du roi de France Charles III par le traité de Saint-Clair-sur-Epte en 945, le duc de Normandie Richard 1er, dit sans-peur, vient à bout, lors du siège de Rouen, d'une grande coalition réunissant le roi de France Louis IV d'outremer, l'empereur germanique Othon le Grand et le comte de Flandre. Cette victoire s'avère décisive pour l'avenir de la Normandie et une plaque est apposée sur une maison sise Place de la Rougemare en souvenir de cet évènement la cour étant itinérante et Guillaume le Conquérant ayant construit son château à Caen, la capitale sera dans cette dernière ville. Dès la période viking, la ville était devenue un port de commerce avec la région parisienne et un marché d’esclaves. Le 26 janvier 1096, les juifs de la ville de Rouen qui abrite la plus grande communauté au nord de la Loire, vont être massacrés et celà, près de dix ans après la mort du Dux Willelmus dans cette même ducs de Normandie résidèrent souvent à Rouen, sauf Guillaume le Conquérant qui préféra développer Caen comme capitale où il est d'ailleurs inhumé. Le cœur de Richard Ier d'Angleterre dit Coeur de lion était conservé dans le tombeau à gisant que l'on peut encore voir dans le déambulatoire de la cathédrale. En 1150, Rouen obtient une charte communale ; la ville est alors administrée par les Cent Pairs. Les habitants sont regroupés en corporations et confréries de métiers. Rouen est un centre de commerce important, exportant du sel et du poisson vers Paris et du vin vers l’ roi de France Philippe Auguste prend la ville le 16 avril 1203 et rattache la Normandie au royaume de France l’année suivante. Il maintient les privilèges communaux, mais fait détruire l’ancien château ducal et fait construire le Château de Rouen pour surveiller la ville. Celui-ci est construit sur l’ancien site de l’amphithéâtre gallo-romain et prendra le nom de château Bouvreuil. Détruit à la fin du XVe siècle, le Château de Rouen sert de carrière sauf le célèbre donjon, dit tour Jeanne-d’Arc, restaurée par Viollet Le Duc et qui subsiste aujourd’hui. Malgré son nom, cette tour ne fut pas le lieu d’emprisonnement de Jeanne d'Arc en 1431 même s’il semble que cette dernière y fit un passage de la tour où fut emprisonnée la Pucelle d’Orléans, il ne reste que les soubassements visibles dans la cour intérieure d’une propriété privée située au 102 rue Jeanne-d’Arc et ouverte au public.Des manufactures de textiles se développent à Rouen et toute sa région Elbeuf, Darnétal, Barentin, Pavilly, Villers-Ecalles, Saint-Pierre-de-Varengeville, Maromme, Le Houlme, Malaunay, Montville, les marchands achetant la laine en Angleterre et revendant les draps dans les foires de prospérité de Rouen repose principalement sur le commerce sur la Seine. Les marchands rouennais disposent depuis Henri II du monopole de la navigation sur la Seine en aval de Paris. Ils expédient en Angleterre des vins et du blé et reviennent avec de la laine et de l’ troubles liés aux impôts se multiplient à Rouen les émeutes de 1281 voient l’assassinat du maire et le pillage des maisons nobles. Devant l’insécurité, Philippe IV le Bel supprime la commune et retire aux marchands le monopole du commerce sur la Seine. Mais les Rouennais rachètent leurs libertés en 1306, Philippe IV le Bel décide d’expulser la communauté juive de Rouen forte d’une population de 5 à 6000 juillet 1348, la peste noire touche à Rouen. En 1382, une révolte urbaine importante éclate, la Harelle. La ville sera cruellement réprimée par les troupes royales. Les impôts sont augmentés et les privilèges de Rouen pour le commerce sur la Seine sont 19 janvier 1419, durant la guerre de Cent Ans, le roi d'Angleterre Henry V prend la ville de Rouen et rattache la Normandie à la couronne britannique. Jean Jouvenel des Ursins, contemporain de ces événements, rapporte sobrement "Le siège fut longuement devant Rouen, ne jamais ne l’eussent eu sinon par famine, car il y avoit vaillantes gens tenans le party du duc de Bourgogne ; mais la famine fut si merveilleuse et si grande, qu’ils furent contraints de se mettre en obeyssance du roy d'Angleterre, car d’un côté et d’autre ils n’eurent aucun secours."C’est dans cette ville, capitale du pouvoir anglais dans le royaume de France, que Jeanne d'Arc fut jugée et brûlée le 30 mai 1431 à l'instigation du duc de Bedford et du parti bourguignon, majoritaire à Rouen. La même année le jeune Henry VI est couronné roi de France et d'Angleterre à Paris, avant de se rendre à Rouen où il est acclamé par la foule. Le roi de France reprend la ville en 1449, soit 18 ans après la mort de Jeanne d'Arc et après 30 ans d'occupation guerre de Cent Ans terminée, les grands chantiers reprennent dans la capitale normande. Au début de la Renaissance, Rouen est la ville la plus peuplée du royaume après Paris. On achève les églises dans le style les années 1530 et suivantes, la population de Rouen est touchée par le protestantisme, même si elle ne se convertit pas entièrement. Dès 1560, les tensions entre communautés protestante et catholique s’exacerbent. Le massacre de Vassy déclenche la première guerre de catholiques prennent le fort Sainte-Catherine, qui domine la ville. Les deux camps utilisent la terreur. Les autorités rouennaises demandent alors l’aide de la reine d’Angleterre. Les Anglais envoient, en vertu du traité d'Hampton Court signé le 20 septembre 1562 avec Condé, des troupes pour soutenir les protestants et occupent, en échange, Le Havre. Le 26 octobre 1562, les troupes royales prennent la capitale normande et la mettent à sac pendant trois nouvelle du massacre de la Saint-Barthélemy atteint Rouen fin août 1572 Hennequier tente d’éviter le massacre aux protestants en les enfermant. Mais, entre le 17 et le 20 septembre, la foule force les portes des prisons et égorge les protestants qui s’y trouvent. La ville est plusieurs fois assaillie par Henri IV, mais lui résiste, notamment lors du long siège de décembre 1591 à mai 1592, grâce à l’aide apportée par l’armée espagnole du duc de la guerre de 1870, Rouen sera occupée par l’armée le sera également au cours de la Seconde Guerre mondiale du 9 juin 1940 au 15 août 1944. Pendant ce conflit, elle subira de violents bombardements visant notamment les ponts sur la Seine et la gare de triage de Sotteville-lès-Rouen. En avril 1944, après un bombardement de la Royal Air Force, on déplora 816 morts et 20 000 sinistrés dans la ville. La cathédrale et le Palais de justice furent touchés, en particulier lors de la semaine rouge et du 30 mai au 5 juin 1944, pendant laquelle le quartier de la cathédrale était en proie aux la guerre, le centre ville est reconstruit selon le plan Greber. Texte intégral 1 Une première ébauche de ce travail a été publiée sous le titre La mémoire des bombardements à Ro ... 2 Alain Gaspérini, Rouen 1940-1944 la guerre, l’occupation, la libération, Rennes, OuestFrance, 19 ... 1 En 1944, la ville de Rouen et son agglomération, déjà touchées par un important incendie au moment de l’avance de la Wehrmacht en juin 1940 et par des attaques aériennes stratégiques depuis 1942, sont la cible de bombardements anglo-américains destinés à préparer le débarquement allié du 6 juin et à accompagner les opérations militaires qui lui succèdent. Au terme de plusieurs mois d’affrontements qui éprouvent durement une grande partie de la population civile de l’ensemble de la Normandie, Rouen est libérée par l’armée canadienne le 30 août 1944. Depuis une quinzaine d’années, plusieurs ouvrages relatant la vie des Normands sous l’occupation, les bombardements et leurs conséquences humaines et matérielles, ont été publiés ou réédités. Un certain nombre d’entre eux est consacré à Rouen et à son agglomération2. L’intérêt des Normands pour les événements et les divers aspects de la seconde guerre mondiale – résistance, crimes perpétrés par l’occupant et le gouvernement de Vichy, mais aussi opérations militaires et conséquences pour les populations civiles – a été suscité ou ravivé par les commémorations du D-Day en juin 2004 et les nombreuses initiatives pédagogiques et entreprises mémorielles qui les ont accompagnées. 3 Cette expression est utilisée sous forme d’interrogation par Michael Schmiedel, doctorant allemand ... 2Parmi les aspects et événements de la seconde guerre mondiale ayant pourtant marqué durablement les populations des zones sinistrées, les bombardements alliés n’ont à première vue, jusqu’à une période relativement récente, suscité en France qu’une culture mémorielle secondaire, à laquelle succéderait depuis 1994 et 2004 un certain phénomène de rattrapage. Peut-on néanmoins parler d’un tabou ou d’une amnésie nationale3 » qui aurait fait disparaître cette mémoire à maints égards inconfortable derrière des constructions mémorielles plus consensuelles et davantage susceptibles de cimenter l’unité de la nation ? Ou bien faut-il considérer que la relative absence de mémoire nationale des bombardements alliés sur la France est compensée par des mémoires locales et régionales plutôt vivaces, qui n’ont d’ailleurs pas seulement émergé 50 ou 60 ans après la fin de la guerre ? En replaçant cette étude de cas sur la mémoire rouennaise des bombardements de 1944 à nos jours dans un contexte plus large, cette contribution se propose d’ouvrir quelques pistes de réflexion sur un sujet peu exploré jusqu’ici. Contexte général et mémoires normandes 3La construction d’une mémoire nationale officielle de la seconde guerre mondiale constitue sans doute le premier cadre dans lequel doit être replacée la mémoire des bombardements alliés. Les historiennes ont mis en évidence les mécanismes d’une mémoire dominante construite dès la Libération pour dépasser le traumatisme engendré par l’occupation et les luttes fratricides qui opposèrent les Français celle non pas tellement des résistants en tant qu’individus, mais de la Résistance. Cette construction occulta durablement la mémoire de la Shoah, mais de manière générale, les pratiques commémoratives ont longtemps accordé peu de place aux victimes civiles autres que résistantes. 4 Mechtild Gilzmer, Mémoires de pierre – Les monuments commémoratifs en France après 1944, Paris, Au ... 4Dans son ouvrage sur les monuments commémoratifs de la seconde guerre mondiale en France4, l’historienne Mechtild Gilzmer montre que le paysage mémoriel constitué par les monuments érigés depuis la fin du conflit reflète de manière générale cette tendance. Mettant en garde contre une vision qui ne serait pas assez nuancée, elle met toutefois aussi l’accent sur la grande diversité des monuments commémoratifs érigés dans les années d’après-guerre par les communes. À la lecture de son ouvrage, on est toutefois frappé par la quasi-absence, dans les nombreux exemples donnés et analysés, de monuments à la mémoire des victimes des bombardements – terme que nous utilisons ici de préférence à celui de victimes civiles », qui peut s’appliquer aussi aux résistants non militaires, déportés, otages fusillés, etc. Il est à noter que depuis le décret du 2 novembre 1945, toutes ces catégories purent bénéficier de l’attribution de la mention Mort pour la France », avec toutefois, dans la mise en œuvre de cette reconnaissance, une hiérarchisation claire plaçant en haut de l’échelle les résistants, et parmi eux les résistants militaires. De nombreuses communes optèrent, en ajoutant par exemple une plaque à leur monument aux morts existant, pour une inscription des morts pour la France sans distinction. Ceci n’exclut toutefois pas la réalisation ou du moins la conception de projets cherchant à honorer différentes catégories, ce qui donna lieu en particulier à l’érection de nombreux monuments en hommage à la Résistance. Sans nier l’existence d’un paysage mémoriel complexe et multiforme, dont la constitution dépendait aussi beaucoup des acteurs locaux, il faut remarquer que c’est surtout une France combattante, ayant activement participé à sa Libération aux côtés des Alliés, qu’il s’agissait de célébrer pour cimenter une solidarité nationale à reconstruire. 5Dans un article publié en 2009, l’historien allemand Michael Schmiedel constate qu’à de rares exceptions près, l’historiographie française ne s’est pas penchée sur la question des bombardements alliés sur la France, et met cette absence en relation avec la culture mémorielle nationale dominante depuis 1945. Il évoque trois raisons principales pour expliquer cette lacune 5 M. Schmiedel, dans Luftkrieg...,οp. cit., p. 69-70. Premièrement, la confiscation de la guerre aérienne par le régime de Vichy, qui a contaminé le discours sur la guerre aérienne dans la France de l’après-guerre ; deuxièmement, l’amalgame entre coupables et victimes et l’instrumentalisation des victimes à des fins de propagande dès la période de guerre ; troisièmement, enfin, le fait qu’en France, d’autres systèmes de référence de la mémoire prédominaient pour construire une identité collective de la société5. 6 Bernard Garnier, Jean-Luc Leleu, Françoise Passera et Jean Quellien dir., Les populations civile ... 7 Ibid., p. 9-20. 8 Letitia Rodriguez, De la place accordée aux victimes civiles des bombardements et de la bataille ... 6Dans l’avant-propos des actes d’un colloque organisé en 2004 par le Mémorial et l’université de Caen sur les populations civiles face au débarquement et à la bataille de Normandie », Claude Quétel rappelle que les historiennes ont commencé par l’étude du fait militaire avant de s’intéresser aux civils, une espèce de parent pauvre » que la logique de guerre totale a pourtant placé au cœur des conflits6. Dans le même ouvrage, Jean Quellien expose la nécessité d’un recentrage historiographique, soulignant en particulier que la question du rapport aux libérateurs alliés a souvent donné lieu à un discours politiquement correct et que la mémoire des combattants a longtemps éclipsé la mémoire des civils7. Il faut toutefois noter aussi, comme le fait Letitia Rodriguez dans une contribution à ce même colloque sur la place accordée aux victimes des bombardements dans les commémorations, que face à la complexité et à la variété des événements de la seconde guerre mondiale et de leurs représentations, une hiérarchisation des mémoires était sans doute inévitable, favorisant la mise en avant des aspects les plus glorieux8. 9 Sur ces facteurs, voir notamment ibid., ainsi que l’introduction de l’ouvrage collectif cité plus ... 7Plusieurs facteurs expliquent la réémergence de la mémoire des bombardements depuis les 50e et 60e anniversaires de la fin de la guerre en 1994 et en 20049. Tout d’abord, il semblerait que les controverses sur les choix tactiques des Alliés soient aujourd’hui moins occultées – levée d’un tabou qu’il faut peut-être saluer tout en soulignant la nécessité de replacer ces choix dans l’enchaînement des faits et des réalités de la seconde guerre mondiale. Ensuite, il faut prendre en considération la disparition progressive des témoins accompagnée d’un développement important de l’histoire orale et l’arrivée d’une génération, y compris parmi les institutionnels impliqués dans les commémorations, qui n’a pas connu la seconde guerre mondiale. Enfin, un nouvel environnement favorise, dans l’évolution des mentalités occidentales, la prise en compte des victimes civiles en général, à l’heure où s’affaiblit en revanche l’image du héros. 10 Voir Henning Meyer, Les musées de la seconde guerre mondiale et la transmission de la mémoire. L ... 11 Après avoir publié en 1994-1995 plusieurs ouvrages sur les victimes civiles dans les trois départe ... 12 L. Rodriguez, dans op. cit., p. 299. 13 Ibid. 14 Ce secrétariat n’a eu qu’une existence éphémère, de mars 2004 à mai 2005. 15 16 Par exemple sur le site officiel Chemins de mémoire », créé par le ministère de la Défense dans ... 8Un bref aperçu de la mémoire des bombardements telle qu'elle est construite en Normandie, principalement depuis quelques années, permet de donner quelques éléments supplémentaires de contextualisation, même s’il fait apparaître une certaine distorsion entre la Haute-Normandie et les trois départements de Basse-Normandie, qui ont largement bénéficié du rayonnement du Mémorial de Caen dans la prise en compte des réalités complexes et multiples de la période d’occupation, avec une approche qui n’exclut pas les victimes civiles de la guerre aérienne. Inauguré en 1988 sous l’impulsion du maire UDF Jean-Marie Giraud, qui a vécu les bombardements de 1944 comme équipier de la Croix-Rouge, le Mémorial de Caen est certes dédié à tous les aspects de la seconde guerre mondiale. Il tire toutefois son origine – exprimée dans la conception architecturale même du bâtiment qui l’abrite, basée sur l’idée de fracture – de l’expérience traumatisante de la destruction, qui doit justement faire de la ville de Caen l’ambassadrice de la paix et de la défense de la liberté10. En 1994, des veillées-témoignages organisées entre autre par le Mémorial donnent la parole aux habitants de la région, qui font part notamment de leur vécu des bombardements. L’expérience est renouvelée en 2004. Parallèlement, l’historiographie s’intéresse à cette thématique, comme à l’occasion du colloque évoqué plus haut, organisé à la demande du conseil général du Calvados par le centre de recherche d’histoire quantitative de l’université de Caen associé au Mémorial, auquel on doit déjà plusieurs publications sur les victimes civiles en Normandie11. Outre le travail historiographique et pédagogique, c’est également la pratique commémorative officielle qui s’étend, à l’initiative du comité Normandie mémoire » créé en 2002, réunissant 582 mairies et 141 associations de Basse-Normandie et entendant bien n’oublier aucune catégorie de victimes12. Si, comme l’a étudié Letitia Rodriguez pour la Basse-Normandie, les commémorations municipales et même plusieurs monuments communaux ont accordé depuis la fin de la guerre une place finalement notable – bien que secondaire par rapport au souvenir des opérations militaires – aux victimes civiles des bombardements13, le 60e anniversaire du débarquement et de la bataille de Normandie constitue pour la première fois l’occasion d’un hommage régional, à l’initiative du conseil régional de Basse-Normandie et de l’association Normandie mémoire ». La secrétaire d’État aux Droits des victimes14 Nicole Guedj représente même, au cours d’une première journée consacrée au souvenir des victimes civiles organisée le 7 juin 2004 à Saint-Lô, le gouvernement au nom duquel elle rappelle le caractère indispensable du devoir de mémoire, aussi bien par les institutions que par les citoyens, y compris concernant les victimes civiles15 ». La cérémonie culmine dans l’enchâssement de la liste des victimes de la région dans un réceptacle placé au pied du monument à la mémoire des victimes du bombardement de Saint-Lô. Désormais pérennisée, cette commémoration est organisée chaque année dans l’une des communes sinistrées des trois départements de la région. Malgré la présence ministérielle, il serait toutefois abusif de parler d’une mémoire nationale en cours d’institutionnalisation16. 17 C’est sans doute autour de 1949 qu’est apposée au pied du Monument aux morts de la première guerre ... 18 Voir en particulier Andrew Knapp, The Destruction and Liberation of Le Havre in Modem Memory », ... 9En Haute-Normandie, l’hommage se fait globalement plus discret. Au Havre, où les bombardements de septembre 1944 ont fait près de 2 000 victimes, le souvenir est vivace dans l’immédiat après-guerre et explique sans doute la réélection en 1947 de Pierre Courant, qui a déjà été maire sous Vichy, mais auquel une partie des Havrais reste attachée en raison de sa présence auprès de la population pendant les opérations de secours17. Dans les décennies qui suivent son départ et qui scelle l’influence des communistes sur la ville, cette mémoire passe clairement à l’arrière-plan, et la présence de monuments aux victimes civiles reste discrète18. Parmi les initiatives récentes, il faut toutefois noter l’apposition, en 2004, par le maire Antoine Rufenacht, d’une plaque rappelant à l’entrée du tunnel Jenner l’ensevelissement de 319 Havrais qui s’y étaient réfugiés au cours du bombardement du 6 septembre 1944. Mais Le Havre a globalement privilégié la mémoire de sa reconstruction, avec le classement de son centre-ville au patrimoine mondial de l’UNESCO, alors que Rouen a intensifié depuis 2004 des initiatives mémorielles qui incluent assez largement aussi la question des bombardements. Le contexte rouennais de la propagande contre les bombardements alliés aux constructions mémorielles dominantes de l’après-guerre 19 Le chiffre de 816 morts est retenu par M. Dandel et al, op. cit., p. 55. 20 Pariser Zeitung, 16 mai 1944, dossier de coupures de presse Extraits de journaux relatant les b ... 10La propagande de l’occupant allemand et de Vichy, qui a déjà largement exploité les bombardements sur la France pour tenter de faire naître dans les populations civiles un sentiment anti-allié, s’intensifie à l’approche du débarquement. Les raids britanniques sur le complexe ferroviaire de Sotteville-lès-Rouen, dans la nuit du 18 au 19 avril 1944, qui touchent aussi le centre-ville de Rouen et qui font plus de 800 victimes dans l’agglomération19, sont instrumentalisés tant au plan national que local. Affiches et autres documents mettent en scène la figure patriotique de Jeanne d’Arc, brûlée à Rouen par les Anglais mais bien décidée à ne pas laisser l’ envahisseur » britannique reprendre possession de la France. Fe thème est décliné à l’envi, comme sur cette affiche couleur de sang et de feu représentant la sainte, les mains liées, qui semble s’élever au-dessus de la ville de Rouen transformée en bûcher, avec cette inscription accusatrice Les assassins reviennent toujours sur les lieux de leur crime. » Fe motif de Jeanne au bûcher devant la cathédrale de Rouen en flammes est repris sous le simple titre Rouen 1431-1944 » dans un dessin en noir et blanc du journal de l’occupant en France, le Pariser Zeitung20. 11La propagande iconographique s’accompagne d’un discours lui aussi construit autour de la cité martyre ». Dès le lendemain du bombardement nocturne, le secrétaire d’État à l’Information et à la Propagande, Philippe Henriot, décline dans une allocution radiophonique le motif des barbares qui détruisent un joyau de la culture de l’Occident en péril 21 La France terre brûlée », 19 avril, 12 h 40, Éditoriaux prononcés à la radio par Philippe Henrio ... Et l’une des plus belles villes de France connaissait le sort de tant de villes d’art d’Italie et d’Allemagne. [...] Quelle richesse d’art, quel trésor de beauté, quelle vie humaine apparaîtrait assez précieuse à des gens qui se moquent éperdument de ce qu’ils ne comprennent pas s’ils sont Américains et qui désirent détruire tout ce qui est français du moment qu’ils sont Anglais21. Figure no 83 page suivante – Affiche de propagande anti-britannique, 1944. 22 Service interministériel de protection contre les événements de guerre, créé en 1943 pour apporter ... 23 Reportage France-Actualités du 19 mai 1944, 2 mn 35 s., archives en ligne de l’Institut national d ... 12Autre thème récurrent de la propagande nationale, la solidarité des sinistrés, l’héroïsme des sauveteurs à l’œuvre et l’efficacité de l’intervention des pouvoirs publics, avec l’arrivée en gare de Rouen, malgré les destructions ferroviaires, du train du SIPEG22. La visite que rend le maréchal Pétain le 14 mai 1944 à la première des villes martyres » au cours de son pèlerinage tragique » à travers les régions sinistrées, est l’occasion d’exhorter la solidarité nationale, autour de Jeanne qui doit rester plus que jamais le symbole, l’âme de notre unité, de cette unité si ardemment demandée aux Français par le glorieux soldat23 ». 24 Journal de Rouen, 20 avril 1944. 25 Dans leur ouvrage sur le 19 avril 1944, P. Le Trévier et D. Rose montrent l’enchaînement des erreu ... 26 Journal de Rouen, 28 avril 1944. 13Au plan local, le Journal de Rouen relaie très largement, après le 19 avril 1944 puis de nouveau à l’occasion de la semaine rouge » en mai-juin 1944, les thèmes développés par la propagande nationale. Les articles invectivent la barbarie américaine [qui] rejoint ici la moscovite24 ». L’hommage aux victimes innocentes s’accompagne d’une héroïsation du dévouement des équipes de secours, interprété comme l’expression d’une ferveur patriotique sans faille. Dans l’argumentaire national et local, on ne se contente pas de dénoncer les erreurs de visée fatales aux zones d’habitation et aux populations civiles25 ; on dénie bien plutôt toute légitimité stratégique aux raids terroristes ». Et le Journal de Rouen publie la protestation officielle contre l’épouvantable attentat subi par notre ville » exprimée par le conseil municipal de Rouen et le maire René Stackler, qui renouvelle à cette occasion au maréchal Pétain l’assurance de son absolue loyauté et de son entière fidélité26 ». L’accusation de terrorisme » portée aux Alliés comme elle le fut également pendant l’occupation aux résistants permet de mieux comprendre quelle ombre a pu planer dans l’après-guerre sur une mémoire spécifique des bombardements, peu compatible avec l’hommage rendu aux libérateurs associés aux principales commémorations. 27 AMVR, 1M3. Sauf précision contraire, les informations relatives aux plaques et monuments commémora ... 28 Le texte du décret est reproduit dans le recueil des actes administratifs du département de Seine- ... 14Conformément à cette hypothèque ainsi qu’aux schémas dominants de reconstruction identitaire de la société française, il semble de prime abord qu’à Rouen comme ailleurs, ce soit plutôt l’image d’une France combattante qui ait dominé les pratiques commémoratives depuis la fin du conflit. Trois lieux de mémoire rouennais jouent un rôle de premier plan, en particulier dans les commémorations de la libération de la ville. Au centre-ville, c’est tout d’abord le monument à la victoire de 1914-1918 qui, dans une continuité des deux guerres affirmée au plan national, est également dédié à celle de 1939-1945 ». Autre lieu central, la rue du Donjon où était situé pendant l’occupation l’immeuble de la Gestapo, et où la Fédération nationale des déportés et internés de la Résistance fait apposer dès 194827 une plaque en hommage aux résistants et déportés politiques - le génocide des juifs restant éclipsé pendant des décennies par cette construction mémorielle dominante. Le lieu rouennais sans doute le plus emblématique de l’hommage que la France de l’après-guerre rend à ses héros est le stand des fusillés » du Madrillet situé sur un terrain appartenant alors à la ville de Rouen. C’est là où les Allemands fusillèrent quelque 80 résistants du département qu’est inauguré en 1949 le monument des Martyrs de la Résistance de Seine-Inférieure, lieu de commémoration jusqu’à aujourd’hui. On comprend mieux comment s’articulent mémoire locale de la résistance et constructions mémorielles nationales lorsque l’on sait que le projet a été soumis avec succès à la Commission centrale des monuments commémoratifs instaurée par un décret du 16 janvier 1947 pour coordonner l’érection des principaux monuments sur le territoire, qui devaient en premier lieu commémorer des faits glorieux de la guerre28 ». Figure no 84 – Monument des Martyrs de la Résistance. Cérémonie commémorative, fin des années 1950 ?. 29 Bibliothèque Jacques-Villon, Rouen, dossier de presse Guerre 1939-1945 », no 2 bis. Ici, Paris-N ... 30 Ibid., Paris-Normandie, 31 août 1982. 15Les commémorations de la libération de Rouen, qui ont souvent lieu en présence de soldats canadiens entrés dans Rouen et d’anciens résistants de renommée nationale, ont pour principal objectif d’honorer la mémoire des héros tombés pour la cause de la liberté » et d’exprimer la gratitude des Rouennais à ceux qui leur ont apporté la délivrance ». La question des bombardements est la grande absente des cérémonies et des discours officiels pendant plus d’une vingtaine d’années, mais à partir de 1964, la presse locale commence à profiter des anniversaires de la libération de la ville pour évoquer les destructions. Il faut attendre la fin des années 1960 pour que le maire de Rouen Jean Lecanuet, puis d’autres officiels invités, rappellent les larmes de deuil qui marquèrent, pour les Rouennais, la période comprise entre le 6 juin et le 30 août 194429 ». Le contexte est alors modifié par la distance historique mais peut-être aussi par l’inauguration d’un monument aux victimes civiles le 19 avril 1964, que nous étudierons plus loin. C’est surtout à partir du 30e anniversaire, et plus encore dans les années 1980, que les officiels locaux ou invités rappellent l’amertume des Rouennais qui ont payé un lourd tribut à leur libération. Ainsi, André Jarrot, compagnon de la Libération et ancien ministre invité à l’occasion du 38e anniversaire, évoque-t-il en 1982 très concrètement les bombardements subis par la population Ceux à qui il a été donné de vivre, il y a 38 ans, le terrible drame où la ville a failli périr, en ont encore les oreilles qui bourdonnent au bruit des bombes qui éclatent et les yeux rougis par l’insomnie, les nerfs brisés par l’émotion30. » Les principales commémorations annuelles ne sont certes pas, du moins pendant longtemps, centrées sur le souvenir des bombardements ; et quand les officiels les évoquent plusieurs décennies plus tard, c’est souvent sans rappeler dans quel contexte ils se sont déroulés et c’est plutôt pour assurer que les souffrances subies furent pour ainsi dire sublimées par la Libération. Pourtant, les hommages que rend parallèlement la ville en d’autres circonstances doivent écarter la thèse d’un tabou qui aurait pesé pendant plusieurs décennies sur la question. Victimes actives » et passives » des bombardements dans les pratiques commémoratives des deux premières décennies de l’après-guerre 16En lien avec des constructions mémorielles mettant en scène plutôt des héros que des victimes passives », une partie importante des pratiques commémoratives de l’immédiat après-guerre liées aux bombardements honore celles et ceux qui ont tenté de secourir les personnes ensevelies dans les décombres des bâtiments bombardés. Il s’agit principalement des différents corps de pompiers qui sont intervenus à Rouen et de la Défense passive DP – deux groupes qui participent activement à la construction d’une mémoire, en relation étroite avec les acteurs institutionnels. 31 Voir à ce propos les différents échanges épistolaires conservés aux archives municipales AMVR, 1M ... 32 Dimanche 17 juillet 1949 Le président Auriol remit la Légion d’honneur à la ville de Rouen », ... 33 Le général Piollet inaugure un mémorial à la DP », Normandie peu après rebaptisé ParisNormandie... 17Dès 1946, une plaque commémorative est inaugurée, avec l’accord de la municipalité, par les sapeurs-pompiers de Paris à la mémoire de leurs membres morts au feu » au cours des bombardements de début juin 194431. Suite à la démolition de l’immeuble où était apposée la plaque d’origine, une nouvelle plaque monumentale – sur laquelle une ligne de fracture symbolise deuil et destruction – est fixée en 1954 sur le mur ouest du Palais des consuls qui vient d’être reconstruit. À l’occasion de la remise de la Légion d’honneur à la ville par le président Auriol en 1949, les pompiers de Rouen se voient décerner la médaille d’or des actes de courage et de dévouement32 ». Le conseil municipal de Rouen souhaite aussi rendre hommage à la DP en remettant un drapeau à son amicale et en dévoilant en juin 1947 dans le hall de l’hôtel de ville une plaque commémorative à ses morts. Comme pour les pompiers, c’est l’ héroïque conduite » des équipiers de la DP qui est saluée par le maire Jacques Chastellain33. Les équipes de la DP, qui avait entre autre pour mission de protéger les populations civiles des effets de la guerre, sont intervenues pendant les bombardements pour fournir une aide d’urgence aux blessés et aux sinistrés. 34 Séance du conseil municipal du 28 avril 1947 AMVR, 1M3. 35 Un article avec photo du journal Normandie des 24, 25 et 26 mai 1947 montre la pose de la clef de ... 36 Procès-verbal de la réunion du jury chargé de l’examen des projets, 11 septembre 1947 AMVR, 1M3. 37 Un mémorial aux victimes de la guerre. La ville de Rouen retient le projet de MM. René et Jean-P ... 18La longue préhistoire du monument aménagé sur la place du Gaillardbois montre toutefois que la ville de Rouen souhaite aussi très tôt associer toutes les victimes des bombardements. Le 28 avril 1947, le conseil municipal exprime la nécessité d’ un monument dont la vue permanente rappellerait aux Rouennais le souvenir des chers disparus, victimes obscures et, hélas, trop nombreuses d’une guerre qui nous a été imposée par la défense de la Liberté34 ». L’idée d’un concours est lancée sera aménagée en monument, avec des décorations appropriées, l’ancienne porte de la Douane, dernier vestige de l’hôtel du même nom situé sur les quais de Seine et détruit par un bombardement meurtrier au cours de la semaine rouge ». À cette époque, la porte de la Douane, déplacée, est en cours de réédification à l’emplacement du pignon ouest de la future halle aux Toiles35. À l’issue de sa réunion du 11 septembre 194736, le jury du concours décide toutefois de n’attribuer, au vu des projets présentés, qu’un seul et unique second prix à deux architectes rouennais qui ont proposé comme éléments d’aménagement une grande couronne mortuaire sculptée ainsi qu’une urne funéraire de laquelle doit s’élever une flamme éternelle37. 38 Il n’y a de trace d’une telle requête ni dans les archives municipales, ni aux Archives nationales ... 19Il ne semble pas que ce projet, bien qu’il dépassât à priori le cadre d’une simple décision préfectorale, ait été présenté à la Commission centrale des monuments commémoratifs38. Parce que celle-ci aurait été susceptible de le rejeter pour des raisons esthétiques, voire politiques, car il ne rendait pas hommage à des victimes actives » ? On peut au moins émettre cette hypothèse. Prenant connaissance du décret instaurant cette commission étatique, il est possible que le conseil municipal ait décidé d’ajourner son projet. 39 Le Monument National aux Victimes Civiles de la guerre sera-t-il érigé à Rouen ? », Liberté-Dima ... 40 Voir M. Gilzmer, op. cit. 41 Voir l’article cité note 39. 42 Mémorial aux victimes civiles inauguré le 19 avril », par R. Parment, Paris-Normandie, 9 janvier ... 43 L. Rodriguez, op. cit., p. 293. M. Schmiedel note également la tenue, à Lyon en 1964, d’une cérémo ... 20La réalisation de ce projet de monument aux victimes civiles des bombardements est de nouveau à l’ordre du jour au début des années 1960. Selon la presse, il serait même question de faire de la porte de la Douane un mémorial non seulement municipal, mais aussi national39. Le contexte ne paraît pourtant guère favorable, car si De Gaulle entend renforcer au niveau national le programme d’édification de monuments commémoratifs, c’est pour exploiter encore davantage le récit fondateur d’une France résistante40. Mais il semble que le député gaulliste et adjoint au maire de Rouen Roger Dusseaulx ait plaidé le dossier auprès du président de la République41. C’est finalement le 19 avril 1964 qu’est inauguré le monument dont la portée reste locale et dont la configuration prend la forme d’une simple inscription, sans autre mise en contexte, sur le mur aveugle de la porte de la Douane 1940-1944 – À la mémoire des membres de la Défense passive et des victimes civiles des bombardements de Rouen et de son agglomération. » Quelques semaines avant l’inauguration, le journaliste Roger Parment salue cette initiative qui honorera les morts civils, ceux sur lesquels depuis vingt ans on fait silence, ceux dont jamais nul n’appelle les noms42 », accréditant la thèse – à nuancer comme on l’a vu – du tabou qui aurait pesé sur cette mémoire depuis la Libération. Si l’on veut là encore replacer la mémoire rouennaise dans un contexte plus large, on constatera que le 20e anniversaire de la fin de la guerre, en 1964, a favorisé une réémergence au moins temporaire de la prise en compte des victimes des bombardements. La même année, le ministre des Anciens Combattants participe même, à Caen et à Saint-Lô, aux cérémonies qui leur sont dédiées43. Pour Rouen, la date de commémoration logiquement choisie est celle du bombardement – le seul nocturne – qui semble avoir le plus traumatisé les habitants de la ville et des communes environnantes. Figure no 85 – Le monument de la porte de la Douane, place du Gaillardbois. 44 AMVR, 3K1. Je reproduis ici en italique l’ajout manuscrit, qui comporte en outre une rature cou ... 45 Liberté-Dimanche, 19 avril 1964. 46 In memoriam », par R. Parment, Liberté-Dimanche, 19 avril 1964. 21La cérémonie d’inauguration sur la place du Gaillardbois est l’occasion, vingt ans après Vichy, d’une assez curieuse réconciliation – ou du moins d’une communion dans le deuil – favorisée peut-être par le fait que ce sont les centristes indépendants qui dominent le paysage politique municipal, au-delà donc du clivage entre gaullistes et communistes. Parmi les invités officiels au grand déjeuner organisé par la ville, on remarque la présence de l’ancien maire René Stackler, que le maire Bernard Tissot remercie dans son discours d’inauguration pour les efforts de coordination des secours qu’il a fournis en 1944. Ce discours s’ouvre par ailleurs sur une condamnation générale de la guerre, et l’ajout manuscrit sur la version dactylographiée apparaît comme une concession à des constructions mémorielles dominantes peut-être plus nationales que locales La guerre, malgré l’héroïsme des combattants il faut dire, la hideuse guerre, cette folie, ce péché des hommes les tue et dévaste leurs foyers44. » Les journaux régionaux de l’époque consacrent de très longs articles à cet événement, qui constitue sans doute le point culminant de la mémoire rouennaise officielle des bombardements au XXe siècle. Ce qui frappe dans la documentation consultée, c’est globalement l’absence de distance par rapport au régime de Vichy Liberté-Dimanche reproduit même sans commentaire critique des extraits du Journal de Rouen d’avril 1944 dénonçant la barbarie américaine » – alors que dans les autres articles, il est à peine question des stratégies militaires des Alliés45. La volonté d’unir les Rouennais commence à être associée à la nécessité d’œuvrer pour la paix et de sensibiliser les générations futures. C’est ainsi que l’on peut lire sous la plume de Roger Parment, dans un pathos très généralisateur, que la cérémonie ne prendra tout son sens que si l’on associe toutes les victimes civiles de cette guerre européenne, [...] tous ces morts [qui] ont fini dans la même injustice, du fait de la barbarie universelle46 ». Ce qui importe ne semble pas tant de replacer les événements dans leur contexte que de permettre aux Rouennais de faire un travail de deuil, à l’issue de la reconstruction de la ville qui a occupé les esprits jusqu’alors. 47 Bibliothèque Jacques-Villon, Rouen, dossier de presse cité plus haut. 22Dans les années et décennies qui suivent, la mémoire des bombardements semble certes redevenir l’apanage d’un groupe, celui des anciens de la DP, qui continuent à se rassembler sur la place du Gaillardbois chaque 19 avril. Mais dans la presse locale, les anniversaires de la libération deviennent de plus en plus l’occasion d’évoquer aussi les destructions de la ville en 1944, puis de donner la parole aux Rouennais qui les ont vécues47. Un tournant dans la mémoire des bombardements rouennais ? Les années 1994-2011 23Cette idée de donner la parole aux témoins culminera à l’occasion du 60e anniversaire de la Libération en 2004. On peut toutefois considérer que la mémoire des bombardements entre au cours des années 1990 dans une nouvelle phase, favorisant davantage la médiation culturelle et les initiatives pédagogiques que la commémoration au sens strict, avec une vision qui se veut plus multiforme de la seconde guerre mondiale. 48 AMVR, recueil des délibérations du conseil municipal, séance du 8 juillet 1994. 49 Je remercieMme Chantier, des archives municipales de Sotteville-lès-Rouen, de m’avoir communiqué c ... 24À l’issue de l’aménagement des espaces du Palais, qui constitue l’une des ultimes entreprises de la reconstruction de Rouen, a été laissée vierge une placette que le conseil municipal décide, au cours de sa séance du 8 juillet 1994, de dénommer place du 19 avril 1944 ». Le maire de l’époque, François Gautier UDF, indique qu’il s’est agi d’une suggestion des habitants du quartier. Il ne semble pas que la proposition ait fait débat entre la majorité et l’opposition48. Cette même année, la municipalité socialiste de Sotteville-lès-Rouen va plus loin dans l’hommage rendu aux victimes des bombardements, en inaugurant à l’occasion de l’anniversaire du 19 avril 1944 une stèle sur laquelle sont gravés les noms des 561 Sottevillais décédés cette nuit-là. Une deuxième stèle formée d’un contrepoids de grue ayant servi à la reconstruction, mais qui pourrait également évoquer une pierre tombale, rappelle que le vieux Sotteville » a été complément anéanti ». Elle constitue avec la première un petit ensemble monumental symboliquement placé au pied des immeubles de la Zone verte conçus par l’architecte Marcel Lods dans les années d’après-guerre, et devient lieu de commémoration annuelle à partir de 199449. Associer ainsi mémoire des destructions et de la reconstruction nous semble constituer une initiative officielle assez inédite. 50 Interview de D. Denry par Jacques Petit À nouvelle place nouveau décor – la fontaine de la Pla ... 51 AMVR, 8W1164/996. 25Peu après avoir baptisé la nouvelle place du 19 avril 1944, le conseil municipal de Rouen décide quant à lui de lancer un concours pour y implanter une fontaine. C’est le sculpteur Dominique Denry qui a le réflexe de choisir la thématique par rapport au nom de la place. La sculpture placée au centre de la fontaine et baptisée Au bout de l’errance représente une famille qui pourrait figurer la communauté rouennaise qui, dans une déambulation théâtralisée, quitte les ruines de ce funeste jour [...] pour se tourner vers l’avenir et repartir... reconstruire, recommencer50 ». Le projet de Dominique Denry reçoit l’avis unanime du jury de concours – composé en partie d’élus locaux – pour des raisons esthétiques mais aussi parce que le lien avec l’histoire » a été retenu comme l’un des principaux critères de sélection51. 52 La fontaine de Dominique Denry inaugurée place du 19 avril 1944 », Liberté-Dimanche, 21 décembre ... 53 Entretien de D. Denry avec l’auteure, 30 décembre 2009. 26La ville adhère ainsi à la double perspective destruction/reconstruction choisie par l’artiste. Il est en revanche difficile de savoir si la majorité municipale de l’époque, qui perd les élections de juin 1995 au moment où est réalisé le projet, avait l’intention de profiter de l’inauguration de la fontaine pour rendre un hommage aux victimes des bombardements. Toujours est-il que cette inauguration a lieu très discrètement en fin d’année52. Si le sculpteur n’a pas souhaité lui-même créer un monument » en tant que tel, il n’exclut pas une réappropriation du lieu par la volonté commune53. À l’époque où le monument de la place du Gaillardbois, plutôt excentrée, n’avait plus de véritable sens que pour les membres encore en vie de l’Amicale de la DP, une nouvelle place dénommée tardivement, avec une fontaine évoquant les bombardements, pouvait-elle alors offrir le cadre de commémorations différentes de celles instaurées dans les décennies précédentes ? 54 Rouen Magazine, supplément du 15 avril 2004, Rouen, mémoires 44 – Les Rouennais dans la guerre, ic ... 55 Rouen mémoires 44, édité par la ville de Rouen, septembre 2004. Voir les extraits reproduits dans ... 56 AMVR, séance du conseil municipal, 29 mars 2004. 57 Cette nuit-là, il pleuvait des coups durs », Paris-Normandie, 19 avril 2004. 58 Entretien de L. Leforestier avec l’auteure, 4 février 2010. 27En 2004, à l’occasion du 60e anniversaire du débarquement allié en Normandie, la ville de Rouen souhaite largement s’associer aux manifestations du souvenir, et développe un important programme commémoratif, culturel et pédagogique qui doit éclairer les différents aspects de l’occupation et de la fin de la guerre. Dans l’éditorial du numéro spécial de Rouen Magazine d’avril 2004, le maire Pierre Albertini rappelle l’ampleur des destructions, lourd tribut que Rouen a payé pour sa libération et celle du pays, et la souffrance des habitants sous l’occupation. S’il ne gomme pas complètement les manifestations de bassesse » qui ont pu accompagner cette souffrance, il ne s’appesantit pas non plus sur les crimes de Vichy et les complicités rouennaises, mais inscrit le devoir de mémoire dans une perspective européenne de réconciliation54. Le programme envisagé et concrétisé accorde une large place à la mémoire des bombardements de 1944. Sous la forme, par exemple, d’un appel à témoins qui aboutit à la publication, en septembre 2004, d’un recueil d’entretiens dont un chapitre est consacré au quotidien sous les bombes alliées55. L’initiative est complétée par des rencontres intergénérationnelles, diverses expositions et des ateliers d’éducation populaire. Médiation culturelle et patrimoine immatériel constituent ainsi le cœur d’une nouvelle approche défendue par Laure Leforestier, adjointe au patrimoine, dans un rapport adopté par le conseil municipal sans débats ni opposition particulière56. Les commémorations, dont le volet consacré à la libération de la ville s’inscrit dans la continuité des précédents hommages, prennent en revanche pour la mémoire des bombardements un tour nouveau c’est sur la place du 19 avril 1944 située au cœur des rues piétonnes que les habitants sont appelés à se rassembler le soir du 18 avril 2004 pour rendre hommage aux victimes. À l’occasion de cette cérémonie, qui constitue un prélude aux autres manifestations de l’année, sont disposées autour de la fontaine 1 600 bougies rappelant la mémoire des disparus57. Une volonté de renouer et transmettre une mémoire », en s’écartant des lieux imposés [qui] avaient perdu du sens » et en prenant en compte la disparition progressive des témoins, a ainsi été à l’origine des différents projets58. Figure no 86 – Fontaine de Dominique Denry, place du 19-Avril-1944. 59 Voir en particulier la contribution de Georg Wagner-Kyora dans cet ouvrage. 28Dans le processus de reconstruction des villes européennes détruites par les bombardements, la question de la sauvegarde de monuments emblématiques des identités locales a constitué une part importante de la réflexion menée sur la complémentarité entre patrimoine ancien et modernité59. On peut, dans ce contexte, également s’interroger sur la fonction de ruines ou de traces que la guerre a laissées dans le paysage urbain, et sur leur mise en relation avec la mémoire des bombardements. À Rouen, l’idée de trace visible a été clairement revendiquée, comme on l’a vu plus haut, à travers la réédification de la porte de la Douane à un nouvel emplacement et sa réutilisation sous forme de monument à la mémoire des victimes des bombardements. Pour d’autres lieux en revanche, comme les ruines des églises Saint-Vincent et Saint – Pierre-du-Châtel, le lien est plus difficile à établir ou n’a pas donné lieu à une exploitation dans ce sens. 60 AMVR, 4H29. 61 Il n’y est en tout cas pas fait référence dans le dossier des archives municipales consacré aux dé ... 62 Rouen étant jumelée avec Hanovre, je ne citerai ici que la ruine de l’église Saint-Gilles St. Aeg ... 29Considérée comme l’une des églises majeures de Rouen, l’église Saint-Vincent édifiée aux XVe et XVIe siècles est presque entièrement détruite par le bombardement du 31 mai 1944. Suite à une décision prise en 1948 par le service des Monuments historiques du ministère de l’Éducation nationale60, la quasi-totalité de la ruine est déposée, seuls quelques rares vestiges étant conservés jusqu’à aujourd’hui. Leur absence de mise en valeur, en particulier à cause de la percée d’un nouvel axe routier au moment de la reconstruction, a certes régulièrement été critiquée, et la perte d’une partie importante du patrimoine architectural de la ville a été déplorée. Mais à notre connaissance, il n’y a pas eu de débat sur une éventuelle transformation des vestiges en un mémorial dédié aux victimes de la guerre61, comme cela a été le cas par exemple pour de nombreuses églises allemandes bombardées, qui ont finalement été conservées à l’état de ruines mémorielles62 ». Toutefois, la réinstallation des vitraux de Saint-Vincent, mis en caisses avant le début de la guerre, dans la nouvelle église Sainte-Jeanne-d’Arc achevée en 1979 sur la place du Vieux-Marché, a sans nul doute constitué un élément important de continuité pour les Rouennais. 63 A. Maurois, op. cit, p. 71. 64 Élisabeth Chirol dans son hommage rendu à Georges Lanfry, sauveteur » et reconstructeur » de l ... 65 La Cathédrale de Rouen, Notre-Dame des Sept Torpilles, film réalisé par André Roy, 1953. Voir anne ... 66 Voir G. Pessiot, op. cit., p. 255-262. 67 Sur les destructions de 1944 et la restauration, voir aussi Anne-Marie Carment-Lanfry, La Cathédra ... 30Entre effacement et revendication des traces, ce sont plutôt les deux grands monuments emblématiques de la ville sérieusement endommagés en 1944, la cathédrale et le palais de justice, autour desquels s’est cristallisée une mémoire qui a pu être conciliée avec la reconstruction de quartiers et d’édifices modernes. Les dangers qui ont pesé sur la cathédrale, le miracle » de sa sauvegarde puis sa remise en état, considérée comme prioritaire au lendemain de la guerre, ont bien souvent été interprétés comme le signe du martyre » et de la résurrection » de la ville. Constituant pour les Rouennais, selon l’écrivain André Maurois, un Palladium, gage sacré auquel la ville attachait le sens de sa durée63 », la cathédrale est censée avoir incarné pendant les bombardements l’ âme de la cité64 », ou encore sa pérennité et [sa] force65 ». Sa réouverture totale au public en 1956 a donné lieu à une grande cérémonie en présence du président René Coty et a marqué symboliquement la fin de l’après-guerre pour de nombreux Rouennais66. Aujourd’hui encore sont exposées dans l’édifice des photographies des destructions de 194467. Figure no 87 – Dévoilement de la plaque en souvenir des bombardements de 1944, palais de justice de Rouen, 30 août 2011. 68 Le Palais de justice de Rouen, ouvrage collectif publié par le ministère de la Justice et le dépar ... 31Autre point de cristallisation de l’identité rouennaise, le palais de justice est lui aussi considéré comme l’incarnation de la permanence de Rouen à travers les vicissitudes de l’histoire68 ». L’ancien parlement de Normandie porte encore les traces des bombardements, en particulier sur sa façade de la place Foch. La conservation de ces stigmates » de la seconde guerre mondiale a été revendiquée au cours de la restauration de l’édifice, qui s’est étendue sur plusieurs décennies et dont la dernière phase s’est achevée en 2010. Et c’est justement en ce lieu qu’une dernière commémoration importante – sans doute même un nouveau tournant dans la mémoire des bombardements rouennais – a été organisée à Rouen le 30 août 2011, à l’occasion du 67e anniversaire de la libération de la ville. Pour la première fois, cet anniversaire intégrait officiellement une cérémonie commémorative dédiée aux victimes des bombardements. Le texte de la plaque apposée à l’entrée ouest du palais de justice et dévoilée en présence des autorités civiles et militaires locales, départementales et régionales et des porte-drapeaux, frappe par une volonté nouvelle de mettre en contexte les événements et d’ancrer explicitement leur mémoire dans le paysage urbain Les impacts des bombes lors des bombardements de la ville de Rouen pendant la Semaine rouge 30 mai au 5 juin 1944 et le 26 août 1944 ont été maintenus en l’état volontairement pour rendre hommage et perpétuer le souvenir des milliers de victimes de ces jours décisifs et rappellent quel a été le prix payé par la ville de Rouen pour la Libération de la France. 69 67e anniversaire de la libération de Rouen, allocution prononcée par V. Fourneyron, députée-maire d ... 70 Information communiquée par Guy Pessiot, adjoint au maire chargé entre autres du patrimoine et spé ... 32Certes, la fin de ce texte et le discours prononcé par la députée maire de Rouen Valérie Fourneyron69 PS s’inscrivent clairement dans la continuité des précédentes commémorations de la libération de Rouen, et l’on continue prioritairement à célébrer la Résistance [qui] a fait l’honneur de la France et l’honneur de Rouen » et le sacrifice des soldats alliés auxquels la ville doit sa libération. Mais l’hommage rendu à la fois à l’escadrille Lorraine, unité de la France libre au sein de la Royal Air Force qui fut l’auteur du dernier bombardement sur Rouen le 26 août70, et aux personnels soignants de l’agglomération qui ont porté assistance aux blessés parmi la population civile, semble indiquer qu’avec la distance historique, on est entré dans un registre de mémoires plus complémentaires que concurrentes. Même si, par ailleurs, le mythe d’une population rouennaise qui se serait collectivement mobilisée » pour la Libération occulte encore très largement, du moins à l’occasion de telles cérémonies, le rôle joué aussi par une partie des élites locales et des habitants dans la collaboration et le régime de Vichy. 33Entre lieux de mémoire revendiqués ou plus ou moins assumés selon les époques, la ville de Rouen a finalement accordé une place non négligeable au souvenir des bombardements de la seconde guerre mondiale, mais ce parcours mémoriel n’est pas linéaire. On peut distinguer quelques temps forts comme l’immédiat après-guerre, les commémorations de 1964 et les nouvelles formes mémorielles émergeant à partir de 1994, qui sembleraient correspondre à une périodisation valable également pour d’autres villes sinistrées. Mais l’état de la recherche ne permet pas jusqu’ici de montrer quelle est l’exemplarité ou au contraire la spécificité de Rouen dans la mémoire française des bombardements alliés. On peut certes émettre l’hypothèse que la tension permanente entre effacement derrière des schémas mémoriels dominants au plan national et affichage d’un statut de ville martyre » au plan local est assez représentative et ne serait donc pas l’apanage de Rouen. Toutefois, la volonté de préserver une ville-musée » par delà la destruction d’une partie du patrimoine architectural a pu, à Rouen, non seulement influencer les choix de la reconstruction, mais également marquer davantage qu’ailleurs le discours nostalgique sur la perte – alors que l’ampleur des dommages a finalement été moins importante qu’au Havre par exemple. 34De nombreuses pistes seraient ainsi à explorer. L’une d’entre elles consisterait à étudier comparativement dans quelle mesure, sans doute très variable selon les villes et les espaces régionaux, mais aussi selon les forces politiques en présence, les discours et représentations forgés dès la période des bombardements eux-mêmes ont contaminé ou obéré les narrations ultérieures, empêchant bien souvent une réelle mise en relation des aspects contradictoires de la seconde guerre mondiale et de son vécu par les populations françaises. Les tendances récentes ne visent manifestement plus à construire des discours identitaires susceptibles de cimenter les sociétés urbaines autour d’une mémoire commune, et la distance historique favorise un recentrage sur l’hommage rendu aux victimes. Il n’en reste pas moins qu’une approche contextualisée de la question des bombardements, de leurs représentations et de leur mémoire en Lrance reste un champ d’études ouvert pour les historiens et les historiennes. Notes 1 Une première ébauche de ce travail a été publiée sous le titre La mémoire des bombardements à Rouen après la seconde guerre mondiale une mise en perspective », Études normandes, no 3, 2010, p. 59-70. 2 Alain Gaspérini, Rouen 1940-1944 la guerre, l’occupation, la libération, Rennes, OuestFrance, 1994 ; Patrick Coiffier, Rouen sous l’occupation, Luneray, Bertout, 2004 ; Paul Le Trévier et Daniel Rose, Ce qui s’est vraiment passé le 19 avril 1944, Saint-Germain-en-Laye, Comever, 2004 ; Guy Pessiot, Histoire de Rouen 1939-1958. La guerre 1939-1945 et la reconstruction en 900 photographies, Rouen, PTC, 2004 1re éd. 1983 ; André Maurois, Rouen dévasté, Fontaine-le-Bourg, Le Pucheux, 2004 1re éd. 1948. 3 Cette expression est utilisée sous forme d’interrogation par Michael Schmiedel, doctorant allemand qui travaille sur les bombardements en France et leur représentation, pour le titre d’un article qu’il a publié en 2009 dans un ouvrage collectif consacré à la mémoire de la guerre aérienne en Europe. M. Schmiedel, Une amnésie nationale ? Krieg und Nachkrieg in Frankreich », dans Jörg Arnold, Dietmar Süss et Malte Thiessen dir., Luftkrieg. Erinnerungen in Deutschland und Europa, Gottingen, Wallstein, 2009, p. 66-83. Qu’il soit ici remercié de ses remarques et réflexions au cours de notre échange épistolaire de 2010. 4 Mechtild Gilzmer, Mémoires de pierre – Les monuments commémoratifs en France après 1944, Paris, Autrement, 2009 éd. orig. 2007. 5 M. Schmiedel, dans Luftkrieg...,οp. cit., p. 69-70. 6 Bernard Garnier, Jean-Luc Leleu, Françoise Passera et Jean Quellien dir., Les populations civiles face au débarquement et à la bataille de Normandie, Caen, CRQH - Mémorial de Caen, 2005, p. 7. 7 Ibid., p. 9-20. 8 Letitia Rodriguez, De la place accordée aux victimes civiles des bombardements et de la bataille de Normandie dans les commémorations officielles, de 1945 à aujourd’hui », ibid., p. 289-302. 9 Sur ces facteurs, voir notamment ibid., ainsi que l’introduction de l’ouvrage collectif cité plus haut Tod, Zerstorung, Wiederaufbau – Zu einer europäischen Erinnerungsgeschichte des Luftkrieges », dans Luftkrieg…, οp. cit., p. 9-24. 10 Voir Henning Meyer, Les musées de la seconde guerre mondiale et la transmission de la mémoire. Les exemples du Centre national Jean-Moulin de Bordeaux, du Mémorial de Caen – un musée pour la Paix et du Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane », dans Stephan Martens dir., La France, l’Allemagne et la seconde guerre mondiale. Quelles mémoires ?, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2007, p. 187-221. 11 Après avoir publié en 1994-1995 plusieurs ouvrages sur les victimes civiles dans les trois départements de Basse-Normandie, le CRHQ a édité notamment M. Dandel, G. Duboc, A. Kitts et E. Lapersonne, Les Victimes civiles des bombardements en Haute-Normandie, Caen, La Mandragore, 1997. 12 L. Rodriguez, dans op. cit., p. 299. 13 Ibid. 14 Ce secrétariat n’a eu qu’une existence éphémère, de mars 2004 à mai 2005. 15 16 Par exemple sur le site officiel Chemins de mémoire », créé par le ministère de la Défense dans le cadre d’une valorisation du tourisme mémoriel en France, les références aux victimes des bombardements alliés restent plus que discrètes 17 C’est sans doute autour de 1949 qu’est apposée au pied du Monument aux morts de la première guerre mondiale, dont le pourtour a servi de cimetière provisoire à la Libération, une plaque en hommage à la mémoire des victimes civiles tombées au cours des bombardements subis par la ville du Havre 1939-1945 ». Information communiquée sous réserve par les archives municipales de la ville du Havre. 18 Voir en particulier Andrew Knapp, The Destruction and Liberation of Le Havre in Modem Memory », War in History, no 14, 2007, p. 476-498. 19 Le chiffre de 816 morts est retenu par M. Dandel et al, op. cit., p. 55. 20 Pariser Zeitung, 16 mai 1944, dossier de coupures de presse Extraits de journaux relatant les bombardements de Rouen et de Sotteville du 19 avril 1944 » conservées aux archives municipales de la ville de Rouen AMVR. Je remercie Dominique Lebeltel, archiviste à la ville de Rouen, d’avoir recherché et mis à ma disposition tous les dossiers qu’elle a jugés utiles à mon projet. 21 La France terre brûlée », 19 avril, 12 h 40, Éditoriaux prononcés à la radio par Philippe Henriot, secrétaire d’État à l’Information et à la Propagande, no 9, du 13 au 19 avril 1944. 22 Service interministériel de protection contre les événements de guerre, créé en 1943 pour apporter un secours d’urgence aux villes désorganisées par les bombardements. 23 Reportage France-Actualités du 19 mai 1944, 2 mn 35 s., archives en ligne de l’Institut national de l’audiovisuel. Sur cette visite, voir aussi Le Maréchal a commencé son pèlerinage tragique. Rouen dévasté par les bombardements aériens a reçu, hier, la visite du chef de l’État », L’œuvre, 15 mai 1944 AMVR, dossier de coupures de presse cité. 24 Journal de Rouen, 20 avril 1944. 25 Dans leur ouvrage sur le 19 avril 1944, P. Le Trévier et D. Rose montrent l’enchaînement des erreurs de visées de ces bombardements, qui s’inscrivaient dans l’objectif militaire fondamental de destruction des gares de triage du Nord-Ouest de la France notamment. P. Le Trévier et D. Rose, op. cit. De même, les bombardements de la semaine rouge » sur l’agglomération rouennaise visaient à couper la retraite des troupes allemandes en faisant sauter les ponts sur la Seine. 26 Journal de Rouen, 28 avril 1944. 27 AMVR, 1M3. Sauf précision contraire, les informations relatives aux plaques et monuments commémoratifs sont extraites de cette série. 28 Le texte du décret est reproduit dans le recueil des actes administratifs du département de Seine-Inférieure, no 38, p. 241, AMVR. Pour une analyse du décret et des pratiques de la commission évoquée, voir en particulier M. Gilzmer, op. cit., p. 31 et suiv. 29 Bibliothèque Jacques-Villon, Rouen, dossier de presse Guerre 1939-1945 », no 2 bis. Ici, Paris-Normandie, 1er septembre 1969. 30 Ibid., Paris-Normandie, 31 août 1982. 31 Voir à ce propos les différents échanges épistolaires conservés aux archives municipales AMVR, 1M3. 32 Dimanche 17 juillet 1949 Le président Auriol remit la Légion d’honneur à la ville de Rouen », Liberté-Dimanche, 19 avril 1964. 33 Le général Piollet inaugure un mémorial à la DP », Normandie peu après rebaptisé ParisNormandie, 9 juin 1947. 34 Séance du conseil municipal du 28 avril 1947 AMVR, 1M3. 35 Un article avec photo du journal Normandie des 24, 25 et 26 mai 1947 montre la pose de la clef de voûte de la porte qui occupe désormais son emplacement définitif. 36 Procès-verbal de la réunion du jury chargé de l’examen des projets, 11 septembre 1947 AMVR, 1M3. 37 Un mémorial aux victimes de la guerre. La ville de Rouen retient le projet de MM. René et Jean-Pierre Rieux », Paris-Normandie, 24 septembre 1947, signé R. P. Roger Parment, grand journaliste rouennais et ardent partisan, pendant plusieurs décennies, d’un hommage aux victimes des bombardements. 38 Il n’y a de trace d’une telle requête ni dans les archives municipales, ni aux Archives nationales où sont conservées les correspondances entre le ministère de l’Intérieur, dont dépendait cette commission, et les préfets chargés de soumettre les projets AN, F/1cI/232. 39 Le Monument National aux Victimes Civiles de la guerre sera-t-il érigé à Rouen ? », Liberté-Dimanche, 31 juillet 1960. 40 Voir M. Gilzmer, op. cit. 41 Voir l’article cité note 39. 42 Mémorial aux victimes civiles inauguré le 19 avril », par R. Parment, Paris-Normandie, 9 janvier 1964. 43 L. Rodriguez, op. cit., p. 293. M. Schmiedel note également la tenue, à Lyon en 1964, d’une cérémonie à la mémoire des victimes du bombardement du 26 mai 1944 échange avec l’auteure. 44 AMVR, 3K1. Je reproduis ici en italique l’ajout manuscrit, qui comporte en outre une rature courage » est barré et remplacé par héroïsme ». 45 Liberté-Dimanche, 19 avril 1964. 46 In memoriam », par R. Parment, Liberté-Dimanche, 19 avril 1964. 47 Bibliothèque Jacques-Villon, Rouen, dossier de presse cité plus haut. 48 AMVR, recueil des délibérations du conseil municipal, séance du 8 juillet 1994. 49 Je remercieMme Chantier, des archives municipales de Sotteville-lès-Rouen, de m’avoir communiqué cette information. 50 Interview de D. Denry par Jacques Petit À nouvelle place nouveau décor – la fontaine de la Place du 19 avril 1944 », Bulletin des Amis des monuments rouennais, octobre 1994septembre 1995, p. 89. 51 AMVR, 8W1164/996. 52 La fontaine de Dominique Denry inaugurée place du 19 avril 1944 », Liberté-Dimanche, 21 décembre 1995. Je remercie Dominique Denry d’avoir mis sa documentation à ma disposition et de m’avoir expliqué ces circonstances lors de l’entretien qu’il a bien voulu m’accorder. 53 Entretien de D. Denry avec l’auteure, 30 décembre 2009. 54 Rouen Magazine, supplément du 15 avril 2004, Rouen, mémoires 44 – Les Rouennais dans la guerre, ici p. 3. 55 Rouen mémoires 44, édité par la ville de Rouen, septembre 2004. Voir les extraits reproduits dans l’annexe I. 56 AMVR, séance du conseil municipal, 29 mars 2004. 57 Cette nuit-là, il pleuvait des coups durs », Paris-Normandie, 19 avril 2004. 58 Entretien de L. Leforestier avec l’auteure, 4 février 2010. 59 Voir en particulier la contribution de Georg Wagner-Kyora dans cet ouvrage. 60 AMVR, 4H29. 61 Il n’y est en tout cas pas fait référence dans le dossier des archives municipales consacré aux délibérations relatives aux églises Saint-Vincent et Sainte-Jeanne-d’Arc 1944-1961 AMVR, 2M1. 62 Rouen étant jumelée avec Hanovre, je ne citerai ici que la ruine de l’église Saint-Gilles St. Aegidien détruite par les bombardements de 1943 sur la future capitale de la Basse-Saxe et transformée dès 1954 en mémorial pour les victimes de la guerre et de la violence ». 63 A. Maurois, op. cit, p. 71. 64 Élisabeth Chirol dans son hommage rendu à Georges Lanfry, sauveteur » et reconstructeur » de la cathédrale, après la mort de celui-ci en 1969, Bulletin des Amis des monuments rouennais, 1958-1970, p. 87. 65 La Cathédrale de Rouen, Notre-Dame des Sept Torpilles, film réalisé par André Roy, 1953. Voir annexe II. 66 Voir G. Pessiot, op. cit., p. 255-262. 67 Sur les destructions de 1944 et la restauration, voir aussi Anne-Marie Carment-Lanfry, La Cathédrale Notre-Dame de Rouen, édition revue et complétée par Jacques Le Maho, Mont-Saint-Aignan, PURH, 2010 [1re éd. 1977], notamment p. 63-74. 68 Le Palais de justice de Rouen, ouvrage collectif publié par le ministère de la Justice et le département de la Seine-Maritime, Rouen, 1977, préface de Jean Lecanuet. 69 67e anniversaire de la libération de Rouen, allocution prononcée par V. Fourneyron, députée-maire de Rouen, à l’hôtel de ville au cours de la réception des autorités et des associations de déportés, résistants et anciens combattants, 30 août 2011. Je remercie la direction des relations publiques de la ville d’avoir mis ce document à ma disposition. 70 Information communiquée par Guy Pessiot, adjoint au maire chargé entre autres du patrimoine et spécialiste d’histoire locale. Je le remercie de m’avoir accordé quelques instants, en marge de la cérémonie, pour m’expliquer dans quelles circonstances avait été prise la décision de dévoiler la plaque commémorative. Sur le rôle du Groupe de bombardement Lorraine » Forces aériennes françaises libres au moment du débarquement et sur sa mission d’anéantissement de l’armée Von Kluge sur les quais de Seine à Rouen, voir aussi Cette publication numérique est issue d’un traitement automatique par reconnaissance optique de caractères. Commentaires La propagande occupe une place importante pendant la deuxième guerre mondiale, du fait de la dimension idéologique du conflit et de la collaboration. Dans la France de Vichy, produire et diffuser de la propagande fut une des tâches principales auxquelles se dédièrent nombre de collaborationnistes qui avaient fait de Paris occupée leur capitale. En étroit contact avec les services de la propagande allemande la Propaganda Staffel, les collaborationnistes ne ménagèrent pas leur peine pour convaincre le bon peuple de France des vertus de l’Ordre nouveau national-socialiste expositions, émissions de radio, opuscules, presse, tracts,et bien sûr, affiches… Une affiche de propagande à la veille du débarquement… Celle qui est présentée ici a eté conçue et émise en avril 1944 par le centre d’études antibolcheviques » le CEA, officine de propagande créée en 1942, émanant du Comité d’Action antibolchevique fondé à Paris en avril 1941 et qui se destinait depuis l’été 41 à soutenir et encourager le recrutement de la LVF contre le bolchevisme. L’officine du CEA était installée au 21, rue de la Boétie à Paris, dans le même immeuble que l’Institut d’études des questions juives, détail qui n’est pas anodin… Outre la propagande anti-communiste, le CEA diffusait aussi des messages contre les Alliés anglo-saxons – comme c’est le cas ici – ou contre les juifs, sans doute parce que dans l’esprit de ses animateurs, il n’ y avait au fond qu’un seul ennemi aux multiples visages. Une affiche de propagande anti-anglaise… Cette affiche de propagande renvoie au bombardement anglo-américain de Rouen, aux premières heures de la nuit du 19 avril 1944. L’opération alliée visait la destruction de l’importante gare de triage de Sotteville-lès-Rouen. Dans la perspective du Débarquement, il s’agissait de détruire les infrastructures sur les rives de la basse Seine, afin, le advenu, d’empêcher les renforts de troupes allemandes de remonter rapidement vers la nouvelle ligne de front. Le bombardement – 6000 bombes larguées- fit de terribles dégâts matériels et humains, puisque des bombes manquèrent leurs cibles et s’abattirent sur les quartiers centraux de Rouen. C’est ce fait dramatique que l’affiche choisit d’exploiter. Dominée par la couleur rouge des flammes qui ravagent Rouen , et implicitement le rouge du sang versé le bombardement fit 800 victimes, on distingue à droite une des tours de la cathédrale détruite. Jeanne d’Arc enchaînée, telle une sainte se préparant au martyr, occupe le centre de l’image. La barbarie de l’ennemi signifiée par le contraste avec une figure féminine symbolisant l’innocence et la pureté est un thème récurrent des images de propagande, depuis la première guerre mondiale. Mais ici, la figure féminine est celle de Jeanne d’Arc, étroitement associée à l’histoire de Rouen depuis sa mort sur le bûcher en 1431. Jeanne d’Arc, personnage central du panthéon de l’extrême-droite française… Le texte , les assassins reviennent toujours sur les lieux de leur crime », accusent les Anglais, alors que le bombardement fut anglo- américain. Jeanne d’Arc, ayant bouté les anglais hors de France », il s’agit de jouer sur la corde de l’Anglophobie, par un message subliminal cousu de fils blancs le futur débarquement allié des anglo-saxons ne sera pas le prélude à la Libération du territoire, mais une nouvelle invasion de l’ennemi héréditaire, la perfide Albion »! J’ignore quelle a été l’ampleur de la diffusion de cette affiche, à la veille du débarquement. Son auteur ne manquait pas de talent, mais il est douteux qu’elle ait convaincu beaucoup de français, y compris parmi les Normands. Jugée suffisamment sérieuse et intéressante par le secrétaire d’État à l’information et à la propagande, Philippe Henriot, le bombardement de Rouen fut au même moment un sujet de la propagande cinématographique. Y

3 place du 19 avril 1944 rouen